Sortir du trou

Par Catherine B.

_______________________________

Il faisait noir, très noir.

C’était humide et sec en même temps.

La seule issue était un tout petit trou en haut de ma tête…il était gros comme ma face et je doutais sincèrement que mes épaules de quart arrière puissent y passer. J’avais froid, vraiment froid. En fait, j’avais frette, c’tai rendu là.

Je n’avais pas faim parce que je mange mes émotions, pis j’avais pleins d’émotions.

C’était étroit, j’pouvais pas faire de jumping jacks, genre.

Mon seul moyen de compter les jours était de suivre le compte des nuits qui passaient, en gardant le calcul sur mes doigts… Comme au primaire quand on apprenait à additionner. Après 10 jours, j’étais dan’marde. J’pas capable de compter sur mes orteils moi…

Bref, un matin un barbu est venu, et il m’a dit que si je voulais m’échapper, je devais grimper.

« Yo, comment tu penses que je vais grimper, j’ai besoin de mes mains pour garder le compte des nuits…pis en plus, grimper c’est réservé aux minces ça, moi j’ai d’autres talents athlétiques (genre intimider les autres au hockey, sans dire un mot) mais pas grimper. »

« Fille, y’ fait noir là, mais lâche un peu le comptage de jours avec tes doigts pis tâte les murs, y’a une échelle quelque part »

« Arrête, si tu me dis qu’y a une échelle à côté de moi depuis tout ce temps mais que je ne la voyais pas parce que je suis trop conne, j’vais me mettre à brailler pis ça, quand ça arrive les gars deviennent full malalaise pis toute.»

« Ben va ben falloir que j’assiste à ça parce qu’y’a une échelle à ta droite. »

« Fuck ! Ben c’est cool en même temps, mais tsé c’est comme chercher quelque chose pis le trouver dans ta face après 45 minutes de gossage, tsé t’es content de finalement trouver ta patente parce que c’était ça le but tsé, mais dans le fond t’es fru d’avoir perdu ton temps….j’me sens de même là. »

« Ok. »

(silence)

« Pis ehh…tu sais-tu pourquoi j’suis ici moi, j’pas une personne assez importante pour être kidnappée, j’la catch pas, j’ai pas d’argent…j’ai acheté mon divan à l’Armée du Salut…tsé qui kidnapperait quelqu’un qui se meuble dans un comptoir de pôôvre, c’est chien c’mon…C’tu toi qui a fait ça ? »

« Non fille, moi je suis un genre de vagabond solitaire pis au crépuscule j’fais l’tour des trous pour trouver des fé-filles égarées comme toi, pour les aider »

« Égarée? Plutôt kidnappée et enlevée de force à sa bonne humeur. »

« Te souviens-tu du kidnapping ? »

« Bon point, non. C’vague, j’étais dans mon lit pis je regardais une émission à Musimax que j’avais déjà vu au moins 10 fois… Pis là j’me suis endormie, pis me voilà dans ce trou depuis…eh laisse moi regarder sur mes doigts…ça fait 3x mes mains complètes + 4 doigts que j’suis là…WHY ? »

« C’est une affaire de glandes tout ça »

« De glandes ? Tu fabules man, parle pas de mes glandes comme si tu les connaissais…C’tu genre une grosse joke?…Dans 10 minutes tu vas me dire Vous êtes à Caméra cachée pis y’a des caméras là pis là pis là ! Pis moi j’vais être comme Haaaannn oh vous m’avez eu mes taquins ou est-ce que je signe pour le release pis le chèque ? »

« Tu jase beaucoup pour une fille qui pourrait s’évader de son trou en ce moment »

« Mais bro, même si je voulais, le trou y’é trop petit…j’avais déjà fait un genre de casting pour être mannequin taille plus, pis la fille m’avait dit que je correspondais aux standards sauf pour ma carrure athlétique…j’pense qu’elle avait utilisé le mot « athlétique » pour être fine mais dans le fond elle trouvait que j’avais les épaules d’un frigo pis que ça venait gâcher mon moi-même. Alors j’veux ben grimper, mais si c’est pour rester jammer dans le trou, j’aime mieux rester dans l’fond du trou.»

« T’es weird toi »

« …Merci toi aussi… »

« Le trou là, il est pas mal plus large d’icitte fille…là tu es dans le fond du trou alors l’ouverture semble ben petite, mais eh…Yo arts plastiques secondaire 1, les perspectives ça te dit rien ? »

« J’aimais pas ça les points de fuite pis toute, quand on avait un devoir à faire j’dessinais une boite de kleenex pis je réussissais à couler »   

« Ok, ben cours 101…Quand on est loin des choses, elles semblent petites, pis plus tu t’approches plus elles semblent prendre de l’expansion…mais ce qui est crazy-loco-in-da-head c’est que les choses n’ont pas changé de grosseur, c’est juste la perspective qui change selon ton point de vue. »

« As-tu déjà pensé à écrire pour le 7jours toi…t’es comme inspirant. »

(Silence)

« Faaa-que tu es en train de me dire que si je monte en haut, j’vais pouvoir sortir ? »

« Non non c’tune joke, bye. »

(Plusieurs minutes de silence à se fixer mutuellement)

« T’es pas vite vite fille, on te l’a tu déjà dit ? »

« Va chier, j’vais monter. »

 …

Pis c’est de même que je suis sortie d’mon trou pour recommencer à vous écrire.

Cette histoire est vraie.

Faaa-que je suis bien désolée de ces semaines (que dis-je; mois) d’absence du blogue.

Mais j’étions stuck dans le fond d’un trou. Mais là j’suis sortie pis j’en profite pour vous faire un article qui n’a pas d’autre but que vous informer de ça.

On se r’jase bientôt pour vrai.

Catherine B.

  • Lauriane Lafortune

    C’est vrai que les vagabonds solitaires barbus sont des personnes fiables/réconfortantes.
    Mais le tien plus que ceux qu’on peut croiser sur la rue.